Lectures Jeunesse,  Numéro 10

Les poèmes ont des oreilles

Les poèmes ont des oreilles. 60 poèmes à dire comme ci ou comme ça,
Réunis par Jean-Marie Henry et Alain Serres, Illustrations d’Anne-Lise Boutin, Rue du Monde, Février 2013.

Littérature jeunesse proposée par Justine Donnard.

Voici une anthologie de poèmes qui va décoiffer plus d’un cheveu sur la langue !  (…) T’as-ti tenté tout tutu ? / T’es-ti tant ? T’es-ti titan ? / T’es-ti toi dans tes totaux ? / Tatata, tu tus ton tout. C’est ainsi que se termine Totaux, ce virelangue de Norge, un poème « Pour faire l’acrobate », l’un des thèmes proposé par Jean-Marie Henry et Alain Serres. On trouve encore, entre autres, des poèmes de Jean-Hugues Malineau et d’Henri Pichette « Pour muscler sa langue », des poèmes de Marie-Claire d’Orbaix et de Gérard Le Gouic « A murmurer », un extrait du Stabat mater furiosa de Jean-Pierre Siméon et Mes occupations d’Henri Michaux « Pour se mettre en colère », des poèmes « A dire sans rire » ou alors des poèmes « Pour faire compliqué quand la vie est si simple ! ».

Sur chaque double page, des idées pour partager ces textes à haute voix. Il ne s’agit que de suggestions comme le soulignent les auteurs. Mais elles sont précieuses pour celui ou celle à qui l’on conseille bien souvent à l’école de « mettre » le ton et ne sait ce que cela veut dire ! On nous propose de « varier le ton » au cours d’un même poème : être tour à tour émerveillé, désemparé, naïf, détaché, brûlant de passion ou ironique… ou de le démarrer en exagérant et de revenir à la sérénité pour accompagner la chute touchante du poème  ; de dire sans rire des poèmes qui s’emmêlent les pieds dans les lettres des mots. On nous suggère même de laisser parler le silence  entre les vers avec un texte de Robert Desnos. Si c’est bien le lecteur qui donne au poème le sens qu’il veut y mettre, les textes proposés et les suggestions de mise en voix invitent le « passeur » de poèmes à s’interroger sur ce qu’il veut ou peut faire passer pour que le poème entre en résonance avec son auditoire. Mais on peut aussi s’autoriser tous les registres possibles, de manière spontanée, en toute intimité, pour éprouver le sens du poème.

Les collages hauts en couleur d’Anne-Lise Boutin donnent la voix à des personnages et des animaux loufoques, faisant échos à la dimension surréaliste de certains poèmes.

Tous ces textes, de par leur musicalité, donnent envie d’entrer dans la langue, de jouer avec elle, de saisir sa saveur et son épaisseur. On prend plaisir à essayer d’en dire, comme ci ou comme ça, en fonction de son public.

La poésie pour les enfants, vous doutez encore ? Jean-Pierre Siméon, longtemps directeur artistique du Printemps des poètes, s’adresse aux enfants ainsi : […] La poésie, c’est comme les lunettes. C’est pour mieux voir. Parce que nos yeux ne savent plus, ils sont fatigués, usés. Croyez-moi, tous ces gens autour de vous, ils ont les yeux ouverts et pourtant petit à petit, sans s’en rendre compte, ils deviennent aveugles. Il n’y a qu’une solution pour les sauver : la poésie. C’est le remède miracle : un poème et les yeux sont neufs. Comme ceux des enfants. 

Alors point d’hésitation, à lire, à chuchoter, aux enfants dès le plus jeune âge. Mêmes les bébés adoreront !