L’Édito | L’école, rempart essentiel contre la post-vérité
Nous aurions pu croire que l’apprentissage de la distinction entre les faits et les croyances, dans la perspective de permettre aux citoyennes et citoyens de faire des choix éclairés, puisse constituer un consensus désormais admis par les différentes visions politiques d’une école démocratique. Si un tel
choix n’a pu suffire à toujours imposer les faits face aux mensonges de l’obscurantisme, il affirmait néanmoins les valeurs de la connaissance et sa capacité à donner les ressources du jugement critique et de la résistance à l’endoctrinement.
Le postmodernisme, en interrogeant les certitudes d’une rationalité qu’on affirmait capable de toujours générer la liberté, ne prévoyait pas que cette mise en doute puisse ouvrir, réseaux sociaux aidant, une telle ère de désinformation et de mensonge. Or les institutions universitaires, scolaires et culturelles, habituels remparts contre cette post-vérité, peinent à contrer ces menaces idéologiques d’autant que, pour les faire taire, on les prive de subventionnements et de données tout en les couvrant d’opprobre et en les menaçant. Quant aux médias, une large part d’entre eux est aujourd’hui largement financée par l’extrême-droite et contribue désormais largement à la diffusion de cette désinformation.
Dans ce contexte, le rôle émancipateur de l’école apparaît comme essentiel. De multiples initiatives d’enseignantes et d’enseignants cherchent à donner aux élèves les capacités de résister aux stratégies propagandistes qui instrumentalisent les connaissances au service de leurs visées. La complexité
de ce travail légitimerait le renforcement de la formation professionnelle… et c’est au contraire à sa dégradation que nous assistons, dans la perspective d’une réduction du travail enseignant, à la reproduction de protocoles que le ministère veut imposer au nom de leur normativité scientifique.
Les habilités rhétoriques et le rapport de force verbal finissent par convaincre davantage que la qualité de l’argumentation. Le discrédit vient prendre la place du discours critique. La perversité de cette domination est qu’en imposant ces stratégies d’influence superficielle, elle prive ceux qui voudraient la contrecarrer des moyens de leur résistance, ceux de l’argumentation et de la critique raisonnée.
Nous pourrions y voir le seul effet de mode d’une jeunesse envahie par les réseaux sociaux et leurs usages… ce serait oublier que ces stratégies sont celles du néofascisme qui, Trump en tête, instaure les mensonges de la post-vérité comme stratégie majeur de domination.
Plus que jamais, la détermination de l’école à défendre ses finalités émancipatrices et à construire les capacités d’un jugement critique doit être soutenue. Il en va des libertés dans nos démocraties futures.
Paul Devin
👁 Consultez et téléchargez librement Carnets rouges n°36 | Janvier 2026 : Raison, vérité(s) et pouvoir