Numéro 20,  Propositions de lecture

Les Conseillers d’orientation | Paul Lehner

Les Conseillers d’orientation. Un métier impossible,
Paul Lehner PUF, 2020, 272 pages.

Note lecture présentée par Erwan Lehoux.

De Conseiller d’orientation scolaire et professionnelle à Psychologue de l’Éducation nationale, la profession a changé cinq fois d’intitulé en l’espace de soixante ans. Dans cet ouvrage, issu de sa thèse, Paul Lehner montre comment les évolutions du métier de conseiller d’orientation s’inscrivent dans l’histoire du système éducatif mais aussi dans l’histoire des idées politiques et scientifiques en matière d’éducation. Il identifie et analyse ainsi trois configurations socio-historiques successives, de l’invention du métier (1944-1968) à l’obtention du titre de psychologue (1981-1993) en passant par les années post-68 (1968-1973).

On pourra ainsi (re)découvrir, grâce à une grande richesse documentaire, les débats qui ont animé, depuis la Libération, le champ politique, notamment au sein de la gauche, mais aussi les débats syndicaux, en particulier au sein de la FEN, ou encore les débats internes à la profession. De même, les controverses scientifiques qui ont animé l’histoire de la psychologie sont également bien résumés, ce qui permet au néophyte d’en comprendre les tenants et aboutissants.

Dans une optique plus globale, la lecture de l’ouvrage montre à quel point la définition du métier de conseiller d’orientation, de ses missions, de son champ d’intervention, de ses pratiques demeure indéterminée, ou tout du moins hétérogène, au cœur des contradictions et des tensions qui traversent l’institution scolaire. C’est qu’au-delà de l’orientation en tant que telle, cette définition interroge le sens et le rôle de l’école. Les débats entre les tenants d’un certain malthusianisme scolaire et les partisans de la démocratisation, entre les défenseurs de l’ordre scolaire et les partisans de la « modernisation » de l’école, expliquent ainsi les principales évolutions du métier.

Paul Lenher montre comment le métier s’est progressivement éloigné de ses origines, de l’orientation professionnelle, reposant notamment sur la psychotechnique, au profit de l’accompagnement des élèves dans le cadre de la construction de leur projet personnel, fondé sur la psychologie du conseil. Cette évolution répond pour partie à la critique de la psychotechnique, notamment des tests qu’elle préconisait, considérés comme normatifs, dans le sillage des événements de 68. Cependant, Paul Lehner montre que cette conception nouvelle du métier, a priori progressiste, conduit en fait les élèves à mieux accepter la sélection et à adapter leur projet aux jugements scolaires, sans remettre en cause ces derniers, là où l’ambition de l’orientation professionnelle était précisément de fonder la sélection et l’orientation des élèves sur des critères plus justes. Ce qui amène l’auteur à affirmer que « le système éducatif […] a intégré [le métier de conseiller d’orientation] en neutralisant ses dimensions critiques »*.

Il va plus loin en formulant l’hypothèse selon laquelle le nouveau statut, celui de psychologue de l’Éducation nationale, récemment obtenu, « signe […] le retrait progressif des conseillers d’orientation du champ d’activité de l’orientation scolaire et professionnelle »*. Reste néanmoins à entamer l’étude d’une quatrième configuration historique, caractérisée par l’ordre néolibéral que nous connaissons.

*Les deux extraits cités sont issus de la thèse de Paul Lehner, Les Conseillers d’orientation dans l’enseignement secondaire (1959-1993) : Un métier impossible ?, soutenue le 4 mai 2017 à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, sous la direction de Bernard Pudal, respectivement p. 483 et p. 485.