Lectures Jeunesse,  Numéro 23

Nuit étoilée | Jimmy Liao

Nuit étoilée,
Jimmy Liao,
traduit par Chun-Liang Yeh, HongFei, Culture, 2020.

Note de lecture proposée par André Delobel

Cette toute jeune fille enfermée, bien malgré elle, dans sa bulle de solitude, laisse ses émotions prendre le gouvernail de sa vie. Harcelée à l’école, incomprise par des parents peu présents, en deuil de son grand-père, elle se réfugie dans un univers de substitution, magique sans excès mais fortement coloré, qui la console un peu. « Je m’enferme souvent dans ma chambre, m’y réfugie dans mon monde à moi. » Le texte que Jimmy Liam confie à son héroïne – c’est elle qui raconte – restera, du moins dans les premières pages, très en retrait. A peine apprendrons-nous que, parfois, le petit chat se transforme en chat géant. Les images, par contre, attestent d’emblée de ce monde secret : des détails incongrus (un ballon de baudruche en suspension, un requin nain dans un baquet, un nuage en forme de poisson), et des allusions fréquentes, explicites ou plus cachées, à Magritte et à Van Gogh. Un jour, un jeune garçon (qui prend des bains de neige comme d’autres prennent des bains de soleil) vient habiter la maison d’en face. « Avec son air insouciant, il semblait tombé d’une autre planète. » La jeune fille constate aussi que, contrairement à elle, il ne rêve pas de s’envoler dans le vaste ciel et il faudra quelques évènements douloureux (une altercation, un passage à l’hôpital, un acte de vandalisme) pour qu’ils quittent promptement la ville, sac au dos. L’illustrateur nous offre, à ce moment du récit, deux suites d’images lumineuses exprimant le bonheur de cette fugue en duo, à pied, en train, en camion, en barque, de jour, sous un soleil éclatant, et de nuit, sous le ciel étoilé. Délicieuses journées quand tout semble possible. L’album se terminera en deux temps. Le garçon déménage et la jeune fille découvre, couvrant un des murs de la chambre qu’il occupait, une fresque qui la bouleverse. « En fin de compte, [c’était] lui le vrai magicien. » Un peu après, en trois images et peu de mots, Jimmy Liao nous laisse entendre que, même si elle ne revoit jamais ce garçon qui « pareil à une plante qui pousserait dans un labyrinthe, [se moquait] bien de savoir où se trouve la sortie », elle pourrait bien, désormais, s’arranger mieux avec son quotidien. 144 pages étincelantes dédiées par l’auteur-illustrateur taïwanais aux enfants qui n’arrivent pas à communiquer avec le monde.