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Carnets rouges : Faire front populaire pour une école égalitaire et émancipatrice

Profitant du sentiment d’injustice face aux inégalités scolaires et au déclassement dont sont victimes les titulaires de « petits » diplômes, l’extrême droite fait de l’éducation un de ses sujets de prédilection. Son projet politique est une attaque en règle contre l’école publique : contrôle et mise au pas des enseignants, sélection renforcée, orientation précoce selon le « mérite » et en fonction des besoins du patronat, fin de l’éducation prioritaire, imposition d’une pédagogie officielle, “préférence nationale”, renforcement du privé… C’est avec ce programme qu’elle est aux portes du pouvoir depuis que Macron l’y a invitée avec la dissolution de l’Assemblée nationale. L’idéologie politique de l’extrême droite est un déni des valeurs démocratiques que doit porter l’école.

Mais dénoncer la montée d’une vague brune ne suffit pas. Les ravages de la politique néolibérale nécessitent un changement en profondeur du système éducatif.

Le rôle de l’école est en jeu et engage l’avenir. À la Libération, le Plan Langevin-Wallon défendait une école qui assure « l’élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la population » avec l’ambition d’« éclairer l’action par la pensée » et de « vivifier la pensée par l’action ». Près de huit décennies plus tard, cette ambition reste d’une grande actualité. Dans un monde toujours plus complexe, dans lequel l’humanité est confrontée à des défis qui engagent son existence, l’exigence s’impose d’un système éducatif qui permette à toutes et tous de s’émanciper des pesanteurs sociologiques, en refusant le tri social, l’exclusion, le racisme, la haine de l’autre, parce que toutes et tous sont capables d’apprendre si l’on en crée les conditions, parce que toutes et tous ont besoin de l’école pour comprendre la complexité du monde et faire preuve de réflexion critique.

Investir dans le système public d’éducation est une condition indispensable, mais non suffisante. Il faudra en réaffirmer le caractère laïc, garant du « primat de la raison et de l’éducation ». Il faudra construire des programmes permettant à chacune et à chacun de progresser, d’apprendre et de comprendre pour agir. Cela suppose que les programmes ne soient plus soumis aux alternances politiciennes mais définis par une instance indépendante. Cela suppose aussi un recrutement démocratisé des enseignants, ayant une formation de haut niveau, afin qu’ils retrouvent le sens de leur métier. Une place particulière devra être accordée aux questions pédagogiques, fondamentalement politiques, afin que tous les élèves entrent dans les apprentissages, même complexes et de haut niveau. La gratuité devra être effective depuis la maternelle jusqu’à l’Université.

Quant à l’orientation, elle ne devra plus servir le tri social, mais bien le développement de chacune et de chacun. Il ne suffira pas pour cela d’abroger Parcoursup, encore faudra-t-il travailler, dès le plus jeune âge, le rapport au savoir et aux apprentissages des élèves et réformer les différentes filières du secondaire et du supérieur, pour spécialiser sans hiérarchiser. Le chantier est immense, mais aussi enthousiasmant, afin que les inégalités scolaires ne se surajoutent pas aux inégalités sociales. Le droit à l’éducation pour toutes et tous est un principe de justice essentiel à la démocratie.

Depuis dix ans, Carnets Rouges s’est employé à faire barrage à une école de l’exclusion et de l’obscurantisme, pour repenser une école émancipatrice. C’est pour cela que la revue soutient la dynamique lancée par le Nouveau Front Populaire pour empêcher que n’advienne le pire mais aussi pour construire un projet éducatif qui fait le choix de la culture commune contre la barbarie.

Le comité de rédaction de Carnets Rouges, le 14 juin 2024