Lectures Jeunesse,  Numéro 21

Violette Hurlevent et le jardin sauvage | Paul Martin

Violette Hurlevent et le jardin sauvage,
Paul Martin
,
Illustré par Jean-Baptiste Bourgois,
Sarbacane, 2019.

Note lecture présentée par Françoise Chardin.

Ce pourrait aussi s’appeler Violette Sauvage et le jardin Hurlevent, ou toute autre combinaison dictée par une fantaisie malicieuse qui est l’un des grands charmes de ce livre superbement illustré. « Illustré  » est d’ailleurs un terme réducteur, car on devine le jeu jubilatoire qui a dû associer auteur et dessinateur dans un duo de trouvailles qui foisonnent dans le roman.

Tout partait pourtant très mal. Un père tyrannique et violent oblige la mère de Violette à s’installer dans le rébarbatif pavillon de banlieue du grand-père. Le jardin ne semble au premier abord qu’une friche à l’abandon. Et il faut la grande frayeur causée à Violette par l’intrusion brutale du père à la porte de la maison pour qu’elle enjambe la fenêtre avec son chien Pavel et se retrouve dans un jardin qui loin d’être un simple refuge va lui ouvrir les portes d’aventures dont elle va être l’héroïne : elle découvre au cours de ses visites secrètes qu’elle est la Protectrice du jardin menacé par une mystérieuse tempête. Mais tant de protecteurs ont déjà échoué !

Le jardin défie les lois de l’espace et du temps. Il s’agrandit démesurément pour abriter toutes sortes de lieux fantastiques : on se promènera avec Violette dans des mers de liane, on marchera avec une armée de Trolls-rochers, on croisera des « jardiniens  » fort affairés. La pluie tombe à l’envers et jaillit du sol. Un univers à la Lewis Caroll, à qui l’auteur fait un clin d’œil en nommant Lewice la rivale de Violette.

La force du récit est de ne jamais verser dans le surgissement échevelé. L’univers construit l’est avec rigueur, aucun élément n’est gratuit, et l’évolution du jardin d’une visite à l’autre de Violette montre un plan d’ensemble aussi cohérent que fantaisiste. On rit aussi beaucoup, par exemple de la susceptibilité de Pierre Précieux, petit caillou relique à qui son orgueil interdit de devenir une simple monnaie d’échange et avec qui doit composer Violette, ou des confusions linguistiques des ours qui parlent des soldats tombés au champ de betteraves…

Violette se réfugie dans l’aventure pour échapper à sa réalité angoissante. Comme elle le dit à Pavel : On va dire…On va dire que…j’étais une héroïne, et tu étais ma fidèle monture. Et si on se cachait dans ce jardin. Le jardin fantastique.

Le récit multiplie les passerelles entre le monde réel de Violette et son jardin sauvage. Le sinistre Kaliban, figure du mal du jardin, évoque bien sûr la figure du père : Le tourbillon avait pris la forme d’un visage humain, à l’expression maléfique. Il se réjouissait de la destruction qu’il provoquait. Violette frissonna.

Le roman s’achève sur une note d’espoir :

Et si c’était cela, sa vraie mission ? Non pas d’arrêter la Tempête, mais de donner à tous la force d’y survivre ? De façon à ce que le Jardin, riche et solide, tienne jusqu’au retour du ciel bleu.

Peut-être que finalement, elle n’a pas échoué.

Peut-être.