Lectures Jeunesse,  Numéro 20

Didgeridoo | Frédéric Marais

Didgeridoo,
Frédéric Marais,
Éditions Les Fourmis rouges, 2014.

Littérature jeunesse présentée par Christine Passerieux.

Ce mot qui chante, didgeridoo, est le nom d’un instrument de musique, fait d’un morceau de bois long et creux, d’un usage très ancien, peut-être 20000 ans et dont jouaient les Aborigènes d’Australie. Il est aujourd’hui associé à d’autres instruments.

La magnifique plastique de la couverture, que l’on retrouve à chaque page, accroche le regard dans la belle bibliothèque d’une classe de campagne. C’est une explosion de couleurs, pourtant réduites à trois, dont les contrastes sont saisissants. Bleu profond, orange éclatant, et incises blanches pour le texte et pour donner du relief aux doubles pages dont le grand format accroît la beauté des images.

Frédéric Marais, écrit un conte sur l’origine de ce didgeridoo. Un conte qui nous parle de la naissance de l’humanité, debout, et de l’art. En effet d’après ce conte le ciel au début du monde était si bas que les hommes devaient ramper pour se déplacer, que les oiseaux ne pouvaient voler, que les crocodiles se nourrissaient d’étoiles et que les arbres ne pouvaient pousser. Jusqu’à ce qu’un garçon, en quête de graines pour se nourrir, découvre un long morceau de bois, creux et très solide avec lequel il repousse le ciel. Alors « les oiseaux apprirent à voler, les koalas à grimper et les hommes à vivre debout ».
Il repousse le ciel toujours plus haut, jusqu’à la place qu’il occupe désormais. D’après la légende, le jeune garçon souffla dans le bâton creux d’où sortirent des insectes, qui se transformèrent en étoiles, et la musique jaillit. Le garçon apprit aux hommes à le fabriquer pour repousser le ciel en cas de nécessité. Et aussi pour en jouer.

C’est un texte très facile d’accès pour de jeunes enfants (dès (5/6 ans), et très réjouissant en cette époque de naturalisation et de biologisation du développement humain ; un conte anthropologique où l’espèce humaine se révèle dans sa spécificité c’est-à-dire sa capacité à agir sur son milieu naturel comme dans son milieu social. Le garçon, héros de l’histoire, transforme son univers en affrontant des obstacles, et pas des moindres qu’il parvient à dépasser. Nature et culture jouent ensemble sur un air de didgeridoo. Un magnifique ouvrage !